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jeudi 5 novembre 2020

Druk ♦ Adam's Apples

 

La facilité a fait comparer ce film, au français Le cœur des hommes. Je peux vous affirmer sur parole qu'il n'en est absolument rien. Là où Marc Esposito s'attarde platement, et de façon convenue et complaisante sur l'amitié l'amour la joie entre potes, Thomas Vinterberg pousse le curseur dans le retranchement de ses personnages jusqu'au-boutistes, les faisant boire au delà du plus soif, dans des cuites expérimentales jusqu'au black out le plus total.

 

L'alcool dans les films est souvent synonyme de perte de contrôle de soi et responsable de bien des déboires un peu clichés. mais dans Druk, bien qu'inévitables, l'approche est différente. Les protagonistes tentent d'en faire leur allié afin qu'il leur donne l'impulsion jusqu'ici endormie, enfouie sous des tonnes de faux prétexte, et d'un laisser aller morbide, mais si confortable. Chacun y mettra du sien, et verre après verre, les chaines se brisent, la transmission est à son comble. Gloire à l'enseignement, vive l'alcool. Et glou et glou il est des nôtres, un fracassage de gueule par-ci, une séparation par là, les choses se gâtent. La picole isole. 

Les lendemains n'enchantent guère, mais ils auront eu le mérite de les ressusciter d'entre les mornes. Ils savent désormais qu'il existe en eux cette part, cet élan, qui peut jaillir. Chienne de vie ! 💖 Tous les acteurs et actrices sont au top, mais Mads Mikkelsen crève l'écran une fois encore. Je l'avais rencontré auprès de Ulrich Thomsen dans Adam's Apple, un autre film danois, ovni délicieux cinématographique comme on en fait peu. 

Ce film est difficilement racontable, la rencontre d'un prêtre à la foi inébranlable face à un skinhead sans foi ni loi, et d'une rare cocasserie. Les situations loufoques et ubuesques sans pareilles, font rire jaune, mais rire quand même. Quand je vous dis que le cinéma Danois est exceptionnel... 


lundi 26 octobre 2020

Carl Theodor Dreyer = Ordet


 

Dans la sagesse et la bonté qu'il y insuffle, chaque film de Carl Theodor Dreyer est une reconnexion à soi, un moment hors temps, privilégié, où plus rien n'existe autour. Grace à l'utilisation de la lumière poussée à l'extrême d'un côté comme de l'autre et ses "arrêts" sur images, ses gros plans épatants, Dreyer nous confine malicieusement dans un huis clos, toujours propice à la réflexion, l'introspection. Dans Ordet par exemple (La Parole en Français), il n'y a pas de générique, et nous voilà avec les clés d'un domaine cossu, solide, où les membres d'une même famille sont à la recherche d'un des leur dans les dunes du Jutland. Ils ne semblent pas plus affolés que ça, mais tout de même. C'est Johannes, le deuxième fils. Il est en pleine crise mystique. Intra muros, on fait mine d'ignorer ses visions et ses prophéties, mais on tient quand même à ce qu'il ne s'éloigne pas trop. Dehors, l'image est claire, le vent fait danser le linge et les herbes. A l'intérieur, chaque chose est à sa place, comme figée dans sa certitude. Aurait-on ainsi perdu toute foi, la vraie force qui anime et fait vibrer ce monde, ou faisons nous les choses lâchement par acquis de conscience ?   


Ordet est plus qu'une fable, c'est la pureté, la sagesse, la félicité. Accrochez-vous cependant, Dreyer va vous plonger dans de grandes profondeurs jusqu'à vous broyer, et vous faire remonter à la surface plus vite que vous n'y pensiez, dans la lumière éblouissante, divine. Vous n'êtes pas prêts.

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Contrairement aux apparences, le cinéma de Dreyer est, à travers ses puissants silences et ses images plus gothique tu meurs, extrêmement moderne, quand aux sujets soulevés et offerts. La Femme, à travers qui passe toute (r)évolution, devra affronter tour à tour, le joug d'une belle-mère austère et castratrice, le regard d'une société masculine archaïque et inquisitrice (La Passion Jeanne d'Arc ou Jour de colère), ou bien, comme dans Gertrud, la place de la femme dans l'évolution, Gertrud émancipée, qui se fout du qu'en-dira-t-on, mais dont les affres du temps attendront au tournant. Nouvelles libertés, nouveaux pièges.