Dans la sagesse et la bonté qu'il y insuffle, chaque film de Carl Theodor Dreyer est une reconnexion à soi, un moment hors temps, privilégié, où plus rien n'existe autour. Grace à l'utilisation de la lumière poussée à l'extrême d'un côté comme de l'autre et ses "arrêts" sur images, ses gros plans épatants, Dreyer nous confine malicieusement dans un huis clos, toujours propice à la réflexion, l'introspection. Dans Ordet par exemple (La Parole en Français), il n'y a pas de générique, et nous voilà avec les clés d'un domaine cossu, solide, où les membres d'une même famille sont à la recherche d'un des leur dans les dunes du Jutland. Ils ne semblent pas plus affolés que ça, mais tout de même. C'est Johannes, le deuxième fils. Il est en pleine crise mystique. Intra muros, on fait mine d'ignorer ses visions et ses prophéties, mais on tient quand même à ce qu'il ne s'éloigne pas trop. Dehors, l'image est claire, le vent fait danser le linge et les herbes. A l'intérieur, chaque chose est à sa place, comme figée dans sa certitude. Aurait-on ainsi perdu toute foi, la vraie force qui anime et fait vibrer ce monde, ou faisons nous les choses lâchement par acquis de conscience ?





Ordet est plus qu'une fable, c'est la pureté, la sagesse, la félicité. Accrochez-vous cependant, Dreyer va vous plonger dans de grandes profondeurs jusqu'à vous broyer, et vous faire remonter à la surface plus vite que vous n'y pensiez, dans la lumière éblouissante, divine. Vous n'êtes pas prêts.
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Contrairement aux apparences, le cinéma de Dreyer est, à travers ses puissants silences et ses images plus gothique tu meurs, extrêmement moderne, quand aux sujets soulevés et offerts. La Femme, à travers qui passe toute (r)évolution, devra affronter tour à tour, le joug d'une belle-mère austère et castratrice, le regard d'une société masculine archaïque et inquisitrice (La Passion Jeanne d'Arc ou Jour de colère), ou bien, comme dans Gertrud, la place de la femme dans l'évolution, Gertrud émancipée, qui se fout du qu'en-dira-t-on, mais dont les affres du temps attendront au tournant. Nouvelles libertés, nouveaux pièges.







